Un tiers des pompes à chaleur sont mal réglées, selon l’ADEME. Dans la plupart des cas, le coupable est le même : la loi d’eau. Ce réglage décide de la température de l’eau envoyée dans vos radiateurs ou votre plancher chauffant, en fonction de la température extérieure. Bien réglé, il vous fait économiser. Mal réglé, il vous fait surconsommer sans même que vous le sachiez.
Voici comment ça marche, quelles valeurs viser selon vos émetteurs, et où trouver le réglage sur les principales marques de pompe à chaleur.
La loi d’eau, c’est quoi ?
La loi d’eau, aussi appelée courbe de chauffe ou loi de chauffe, est la règle qui relie deux températures :
- la température extérieure, mesurée par une sonde ;
- la température de départ, celle de l’eau qui part vers vos radiateurs ou votre plancher chauffant.
Le principe tient en une phrase : plus il fait froid dehors, plus l’eau doit partir chaude. La loi d’eau automatise cette relation. Votre PAC ajuste seule la température de l’eau, en continu, sans que vous touchiez à rien.
Concrètement, avec un réglage classique pour des radiateurs basse température :
- 10 °C dehors → eau à 35 °C
- 0 °C dehors → eau à 45 °C
- −5 °C dehors → eau à 50 °C
Pente et point de départ : les deux réglages qui comptent
Une loi d’eau se règle avec deux paramètres.
La pente détermine de combien l’eau chauffe quand la température extérieure baisse. Une pente de 1 signifie : 1 °C de moins dehors = 1 °C de plus dans le circuit. Plus votre maison perd de la chaleur (isolation faible, radiateurs peu nombreux), plus la pente doit être élevée.
Le décalage (ou décalage parallèle, offset selon les marques) remonte ou descend toute la courbe d’un bloc. C’est le réglage fin : si votre maison est uniformément trop froide de 1 °C par tous les temps, on remonte le décalage, pas la pente.
Quelle pente selon vos émetteurs ?
| Émetteurs | Pente indicative | Départ d’eau max |
|---|---|---|
| Plancher chauffant | 0,4 à 0,8 | 35 °C |
| Radiateurs basse température | 1,0 à 1,5 | 45-55 °C |
| Radiateurs haute température (fonte) | 1,5 à 2,0 | 60-65 °C |
Ces valeurs sont des points de départ, pas des vérités absolues : la bonne pente dépend de l’isolation, de la surface et du dimensionnement de votre PAC. La règle d’or du réglage : un seul changement à la fois, par petit pas (0,1 à 0,2 de pente), puis 24 à 48 h d’attente pour juger le résultat. La maison met du temps à réagir.
Pourquoi un mauvais réglage coûte cher
Le rendement d’une pompe à chaleur (son COP) dépend directement de la température de l’eau qu’elle produit. Chauffer l’eau à 50 °C quand 40 °C suffiraient, c’est demander un effort inutile au compresseur : chaque degré de trop sur le départ d’eau, c’est environ 2 à 3 % de consommation en plus.
Une loi d’eau mal réglée, c’est donc :
- trop haute → maison surchauffée, factures gonflées, compresseur qui vieillit plus vite ;
- trop basse → maison qui ne monte jamais en température, PAC qui tourne en continu, et souvent l’appoint électrique qui prend le relais (le pire scénario pour la facture).
Si vous voulez situer votre consommation par rapport à la normale, consultez notre article sur la consommation d’une pompe à chaleur.
Loi d’eau ou thermostat : qui pilote quoi ?
Les deux se complètent, ils ne s’opposent pas.
La loi d’eau travaille en amont : elle produit une eau juste assez chaude pour compenser le froid extérieur. Le thermostat d’ambiance travaille en aval : il affine pièce par pièce et coupe quand la consigne est atteinte.
Une installation bien réglée s’appuie d’abord sur la loi d’eau ; le thermostat ne fait que corriger à la marge. Si votre thermostat coupe et relance la PAC en permanence, c’est souvent le signe d’une loi d’eau trop haute – l’eau arrive trop chaude, la pièce dépasse vite la consigne, la PAC enchaîne les cycles courts. Et les cycles courts usent le compresseur.
Les 3 erreurs les plus fréquentes
- Compenser un problème de pente avec le thermostat. Monter le thermostat à 23 °C parce qu’on a froid à 19 °C ne corrige rien : c’est la courbe qui est trop basse.
- Tout changer d’un coup. Pente + décalage + consigne le même jour : impossible de savoir ce qui a agi. Un réglage à la fois.
- Ne jamais réajuster après des travaux. C’est le point que souligne l’ADEME : après une isolation des combles ou un changement de fenêtres, vos besoins baissent. Réajuster la loi d’eau à la baisse fait gagner jusqu’à 10 % de performance. Une PAC réglée pour la maison d’avant chauffe trop pour la maison d’après.
Où se règle la loi d’eau selon votre marque de PAC
Le principe est le même partout ; seuls le nom du menu et les paramètres changent. Dans tous les cas, notez vos valeurs d’origine avant de toucher quoi que ce soit.
Daikin Altherma
Sur les Altherma 3, le réglage s’appelle « courbe de chauffe » (ou weather dependent curve), accessible depuis la télécommande Madoka ou l’interface principale. Daikin définit la courbe par deux points : la température de départ par temps doux et par grand froid. Modifier le point « grand froid » revient à jouer sur la pente.
Mitsubishi Ecodan
Sur les Ecodan, tout passe par le régulateur FTC. Le mode s’appelle « compensation climatique » (weather compensation) : on ajuste la courbe en réglant la température de départ visée à deux températures extérieures de référence. C’est le mode à privilégier par rapport à un départ d’eau fixe.
Atlantic Alfea
Atlantic est la marque la plus explicite : le menu s’appelle tout simplement « loi d’eau », sur l’interface Navilink ou le boîtier de commande. On y règle la pente et le décalage directement – c’est l’interface la plus proche du vocabulaire de cet article.
Hitachi Yutaki
Sur les Yutaki (S, S Combi, M), la fonction s’appelle « courbe d’eau » ou OTC (Outdoor Temperature Compensation), dans les réglages installateur. On définit les points de la courbe ; certains modèles proposent des courbes pré-enregistrées numérotées, où choisir un numéro supérieur revient à augmenter la pente.
Un doute sur votre modèle ? Le manuel installateur de votre PAC détaille le menu exact – ou demandez-nous, on connaît ces machines par cœur.
Qui doit faire ce réglage ?
Le réglage initial, c’est le travail de votre installateur de pompe à chaleur à Toulouse, à la mise en service : il calcule la courbe d’après l’isolation, les émetteurs, le climat local et vos habitudes. À Toulouse, on part par exemple sur des courbes plus douces qu’en montagne, les hivers sont courts, mais les demi-saisons longues, et c’est là qu’une bonne loi d’eau fait la différence.
L’ajustement fin, ensuite, peut se faire par petites touches comme décrit plus haut. Mais si votre maison reste trop chaude ou trop froide malgré vos essais, ou si votre PAC enchaîne les cycles courts, faites contrôler le réglage : c’est typiquement ce qu’on vérifie lors d’un entretien de votre pompe à chaleur.
Pour aller plus loin sur les autres réglages qui font baisser la facture, lisez notre guide : comment régler sa pompe à chaleur pour économiser.
Questions fréquentes
C’est quoi la loi d’eau d’une pompe à chaleur ?
C’est le réglage qui détermine automatiquement la température de l’eau de chauffage en fonction de la température extérieure : plus il fait froid dehors, plus l’eau part chaude vers vos radiateurs ou votre plancher chauffant. On l’appelle aussi courbe de chauffe.
Quelle pente choisir pour ma loi d’eau ?
En ordre de grandeur : 0,4 à 0,8 pour un plancher chauffant, 1,0 à 1,5 pour des radiateurs basse température, jusqu’à 2,0 pour des radiateurs en fonte haute température. La valeur exacte dépend de l’isolation et du dimensionnement : ajustez par pas de 0,1 à 0,2 en attendant 24 à 48 h entre chaque essai.
Loi d’eau ou thermostat : quelle différence ?
La loi d’eau règle la température de l’eau produite par la PAC selon le froid extérieur ; le thermostat coupe le chauffage quand la pièce atteint la consigne. Une installation bien réglée repose d’abord sur la loi d’eau, le thermostat n’intervient qu’en correction fine.
Faut-il modifier la loi d’eau après des travaux d’isolation ?
Oui. Après une isolation, vos besoins de chauffage baissent : une courbe réglée pour l’ancienne configuration produit une eau trop chaude. Selon l’ADEME, réajuster la loi d’eau après travaux permet de gagner jusqu’à 10 % de performance.
Que se passe-t-il si la loi d’eau est mal réglée ?
Trop haute : surchauffe, surconsommation (2 à 3 % par degré de trop) et usure prématurée du compresseur. Trop basse : maison jamais à température et appoint électrique qui compense : le plus coûteux des deux scénarios.